Gramusset : "Entre deux mondes..."

Publié le par Yann Borgnet

   Gramusset permet toujours de beaux voyages... Cette falaise, un gage de qualité. Tout d’abord, les ouvreurs qui y ont laissé leurs traces ont tous une certaine renommée (pour n’en citer qu’un, le grand Piola)... Ils y ont laissé quelques itinéraires d'exception comme “Sens unik”, ou encore le plus connu, Zauberberg ou “la montagne magique”.

    J’ai toujours considéré que j’endossais une certaine responsabilité lorsque je mets des spits. Ceux-ci sont placés par le forage d’un trou d’une dizaine de centimètres de long, et de 10 ou 12 mm de diamètre. Le rocher est donc altéré... Celui-ci était là quelques millénaires avant moi, et il sera là plusieurs millénaires après mon passage sur terre... Lorsque l’on pose ces paramètres sur la table, la réflexion est de mise ! Bref, avant de percer à tort et à travers, je fais un petit travail d’observation, de réflexion, de concertation... Un jeudi de la fin août, après une petite semaine de “glande”, je motive Kevin pour aller réaliser un projet de longue date : Zauberberg

 

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La paroi de gramusset, un navire pour un voyage au long cours...


Comme à chaque fois que je grimpe dans une paroi, un certain instinct me pousse à regarder à droite à gauche, des fois que... Sans trop d’espoir, d’ailleurs... Je ne vois aucun spit, pourtant le rocher est bien compact, il a l’air magnifique ! Le bas, ça doit bien passer, et puis il y a cette coulée noire, signe qu’il y a une résurgence durant les périodes de mousson. Ca semble quand même bien compact tout ça... Pas tant de prises ! Mais pourtant, cela ne m’inquiète guère. Ma motivation commence à dépasser mon subconscient !
Au dessus, un bel escalier de gros toits ! Je repère ce que je peux à la montée. A la descente, je réalise quelques pendules histoire de voir d’un peu plus près. Verdict, au dessus du toit, il y a une magnifique dalle à gouttes d’eau, le toit semble faisable, mais dur. Quant à la dalle grise, le haut doit passer et le bas... on verra bien !
Rdv est pris : si ce we le temps ne nous permet pas de monter à Cham : objectif GRAMUSSET !
Ledit we arrive, et la météo n’est franchement pas folichonne ! Notre motivation dépasse toutes sortes de réticences, et malgré un temps vraiment dégueu, nous décidons tout de même de monter au col des Anes. Préparation minutieuse du matos dans un épais brouillard... cela donne le ton !

 

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Un temps à rester sous la couette !


Peu de temps après avoir quitté la voiture, une première averse nous cueille à froid ! Ce n’est pas grave, montons d’abord au refuge et nous aviserons !
Nous arrivons au seuil de ce dernier à l’image d’un castor sortant de son petit bain matinal... trempés ! Les averses redoublent d’intensité, nous nous mettons à l’abri ! Une motivation sans faille nous pousse quand même à gagner le pied de la falaise pour repérer. Le dévers abrite plus ou moins le départ, mais avec ce brouillard, nous n’y voyons rien. Seule conséquence : l’eau s’infiltre jusque dans mon caleçon... De bonnes sensations en perspective, je vous le garantis !
Les sacs restent au refuge, nous reviendrons demain !

Ce dimanche matin, le temps s’est nettement amélioré mais le sol est encore bien humide. Nous attaquons l’approche très tôt, au lever du jour. Nous récupérons le matos, puis direction le pied de la future ligne. Nous hésitons un peu pour le départ, chacun formule des propositions : à gauche ça à l’air joli dans les trous... oui mais c’est quand même proche de la tentative Piola, et puis la suite c’est facile...
Et à droite?? Trop facile !
Passons tout droit !
Les premiers mètres sont aisés. Je place un premier crochet dans une goutte d’eau, et dans la foulée je perce le premier trou.

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Premier spit, tout va bien matelot !

 

Le ton est donné, il n’y aura pas un spit tous les mètres... Ce sera de l’engagé, mais dans la mesure du possible, jamais de l’exposé ! La progression se fait essentiellement sur crochet. Au bout d’une dizaine de mètres, j’arrive au niveau d’une grosse écaille. Très bon repos, mais également joli piège à friends ! Lorsqu’il y a de belles fissures, il n’y a aucune raison d’abîmer le rocher... quelques friends (camalots 0,3 - 0,4 - 1) pourront être utiles pour compléter l’équipement !
Au dessus de cette écaille, un mur lisse à trou, puis une jolie section sur gouttes d’eau.

 

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Dans le mur lisse : crux de la longueur dans de magnifiques trous ceüsiens !

 

Une traversée à droite me permet de rejoindre la fameuse coulée grise, une petite marche et je fais relais ! Résultat : une longueur de 45m, 8 spits et une cotation avoisinant les 7a+/b...
Je suis bien content de ce premier jet, le tirage est bien géré, et ma foi la longueur est, il me semble, assez classe. Cela m’a tout de même occupé un peu plus de 4h. 4h durant lesquelles mon esprit était hyper-concentré... Lors de l’équipement, c’est tout l'attirail d’artif qui y passe. Les protections précaires du style crochet ou Rurp... ça met réellement à plat. Au début j’avais du mal à y croire... mais cette première longueur m’a littéralement sonné !

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Rurp et crochets... sont des protections précaires supportant souvent juste notre poids !

 

 

 

En me rejoignant, Kevin brosse, casse, sécurise... participe au confort des futurs grimpeurs !

 

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Un peu de libre ne fait pas de mal !

 

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Purge !

 

La coulée grise est trempée à ma gauche. A priori, il faudra commencer tout droit au dessus du relais. Après 1,5 m bien lisse, il y a l’air d’avoir des prises !
J’attaque donc cette seconde longueur. Un spit de renvoi, puis j’attrape les prises. Il y a du nettoyage dans l’air, mais ça passe ! Un peu au dessus, il y a un bon pas de bloc... mais là encore, rien d’insurmontable... ouf ! Ce qui m’inquiète, c’est la suite. Tout droit, ça a l’air vraiment dur. Pourquoi ne pas rejoindre cette petite conque un peu à gauche, ça devrait le faire.

 

 

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  Début d'équipement de la deuxième longueur (merci maman pour les photos :)

 

Je mets un dernier spit. Je ne sais vraiment pas quoi faire, puis j’arrive au niveau de la résurgence... Je n’ai aucune envie d’équiper dans le mouillé. Nous plions bagage, s’en est assez pour aujourd’hui ! Nous laissons les spits au relais, puis go back home !


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Une poche à spits originale !

 

Les disponibilités de chacun ont fait que nous n’avons pas pu y remettre les pieds pendant 2 semaines. Et puis, le dimanche 12 septembre, il se trouve que le temps était convenable, et que nous étions tous les deux dispos.
Levé 5h, comme d’habitude assez difficile les cinq premières secondes, le temps de réaliser que je vais grimper, et même, seconde étape mentale : équiper !
Depuis que j’ai repéré cette ligne, je n’ai qu’elle en tête, j’en rêve en m’endormant, je me remémore les mouvs, les clippages... Je pense aussi à la suite... Bref, elle m’obnubile !
Pour vérifier que nous passons au bon endroit dans cette coulée compacte, nous descendons dans Zauberberg... A priori, mon intuition de la dernière fois était la bonne ! Les 4 premiers points sont certes un peu proches par rapport à l’équipement de la première longueur... Je réattaque donc, et je place un 5ème point assez haut, avec à la clé un pas assez engagé !

 

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5ème spit !

 

Les aléas de l’ouverture du bas : je place le point suivant assez haut tout droit, car je pensais passer justement tout droit. Je me vache sec... Aucune prise au dessus... Puis tiens, il y a une petite série de trous à gauche... Finalement, il faut faire un petit crochet à G, avec à la clé une jolie série de mouv’ ! Le clippage aurait été plus aisé 30 cm à gauche... Ce sont de petits détails qui m'énervent. Je suis très perfectionniste lors de l’équipement, et j’aime que mon “travail” soit irréprochable ! Les prises y sont, il y a quelques pas blocs, mais c’est plutôt homogène, et il me semble plutôt esthétique !

 

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Le fameux spit placé un poil haut...

 

En fin de longueur, je retraverse à droite pour rejoindre une coulée gris clair que j’avais repéré la première fois que j’étais descendu dans Zauberberg. Elle y est dotée de prises naturelles c’était improbable ! On peut dire qu’on a eu beaucoup de chance de tomber sur autant de trous, invisibles depuis le relais du bas ! C’est comme si la nature avait tout fait pour qu’il y ait un, et seulement un passage dans ce toboggan vertical !
J’arrive alors sur une bonne vire, un peu terreuse et humide, mais on va pas se plaindre !
Le relais est mis, Kevin brosse les prises, qui sont rendues poussiéreuses par la résurgence. J’en profite pour faire une petite sieste. Les 5h passées quasiment seulement sur crochets m’ont littéralement achevé !

 

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  Le nettoyage fait partie du travail de l'équipeur, c'est une tâche laborieuse, et qui prend du temps !

 

Cela ne rigole plus, nous sommes sous le gros surplomb... Au niveau du toit, je n’avais pas de doute sur le chemin à prendre : tout droit ! Je verrai par la suite que mes ambitions dépassaient les bornes du niveau de difficulté que je m'étais fixé !
Ce qui me tracasse pour le moment, c’est l’approche. J’ai beau regarder, je n’arrive pas à décider. Kev fini par arriver, je me prépare et j’attaque la 3ème longueur. Finalement, au moment de partir, je ne me pose plus de question quant à l’itinéraire. C’est bizarre, tout à l’heure j’hésitais sans parvenir à trouver le bon chemin, et là, c’est devenu naturel !

 


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Longue réflexion : la responsabilité endossée lors de l'équipement implique un travail

 minutieux de choix... souvent difficile, mais la plupart du temps confirmé lors de

cette ouverture ! Gros coup de chance ou un certain instinct...

 

En plus, il s’avère que c’est là encore le meilleur chemin que la nature ait pu nous offrir ! C’est un peu comme si le fait d’être dans un coin complètement retiré te permet d’établir un lien et un contact très rapproché avec la nature, et qu’elle te murmure le secret du chemin à arpenter...
J’équipe vite. Dans cette section un peu plus facile, je peux grimper en libre et m’assurer pour percer, d’où un gain de temps considérable !

 

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Pour cette fois, il s'avère que le choix de trajectoire était le bon, pour la suite, c'est moins évident !

 

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Le bricolage en artif : une activité à temps plein ! Ici pose d'un coinceur, qui s'avèrera infructueuse !

 

Après le 4ème spit, j’arrive au niveau de la jonction entre les deux toits, le passage que j’avais repéré comme aléatoire au niveau du potentiel de prise. Et en effet, il s’avère que c’est mutant... Si je veux respecter mon cahier des charges, il faut passer ailleurs !
Peut-être quelques mètres à gauche. Cela voudrait dire que les 2 derniers spits sont mal placés, et qu’il faudrait les retirer. Le problème de ces protections, c’est qu’elles sont éternelles. On ne peut les retirer complètement... Je suis énervé contre moi-même à l’idée que je me suis trompé !
Il y a peut-être une autre solution : effectuer une petite boucle pour attraper une ligne de fissure puis retraverser pour sortir à l’endroit prévu initialement. Le seul inconvénient : cela risque d’être un peu engagé si je veux gérer correctement le tirage.  Là encore, je suis persuadé qu’il faudra retirer des spits ! En attendant, il se fait déjà tard, et le temps semble se gâter...

Une fois de plus, cette pointe percée ne nous fera pas de cadeau : un monstre orage nous cueille à la descente... ça pète juste à côté... de quoi se faire quelques frayeurs ! Nous arrivons à la voiture complètement trempés, petite dédicace à Bob l’éponge...

Une semaine se passe, et il n’y a pas un soir où je ne rêve de la suite à donner à la ligne !

Après les actes manqués du jeudi et du vendredi pour cause de mauvais temps, c’est finalement samedi que nous nous décidons à y retourner. C’est le dernier jour libre que nous avons, ensuite Kev part à Cham puis dans l’archipel grec...
Le temps n’est pas top, mais nous ferons avec !
Je rejoins Kev au Grand Bo... Le ciel est clair, je suis surmotivé ! Lorsque j’arrive, Kevin farfouille dans sa voiture... “J’ai oublié les crochets...”  Arg, ce n’est pas pour arranger les choses ! Ma motivation en prend un sérieux coup ! C’est pas grave, allons-y. J’ai toujours une étoile, et un jeu de crochets fabrication maison, dont je doute fort de la résistance. Ce qui est sûr, c’est que les 2 crochets talons vont me manquer, ce sont mes neurones qui vont en subir les conséquences !
Durant le début de l’approche, je suis pensif ! Je me pose des questions... et puis zut, ça passera, tout est question de motivation ! En bidouillant, on finit toujours par trouver une solution !

 

P1000688.jpgL'apparition de cette paroi ne m'a jamais laissé indifférent. Je suis sans voix comme devant la taille imposante

des Corsica Ferries.

 La contemplation, rien que la contemplation suffit devant ce joyau calcaire...


Comme la dernière fois, nous descendons en rappel du haut par Zauberberg. J’ai un peu de mal à rejoindre le relais situé sous le surplomb. Je me trouve pendu dans le vide à 3 mètres du rocher... Après plusieurs essais infructueux de lasso, je parviens enfin à faire le tour d’un gros bloc. C’est précaire, mais cela me permet de penduler de plus en plus fort, et d’attraper le rocher! C’est gagné !
C’est décidé, nous choisissons l’option de la petite boucle à gauche. Je rejoins le point extrême atteint la semaine précédente. Après quelques instants de réflexion, nous décidons de ne pas enlever de point. En rallongeant la 4ème dégaine, le tirage est géré, et cela évite de se prendre une mauvaise chute sur la vire en dessous. Je place néanmoins un point juste au dessus du premier toit afin de protéger la petite boucle !

 

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Juste avant de se rétablir sur la dalle à goutte d'eau ... Le passage critique en libre !

 

Un point à la sortie du toit, et je me rétablis sur la dalle, au niveau d’un gros trou caractéristique (petite indication pour les futurs répétiteurs : il y a un bac improbable et invisible au fond !). Vite écrit, néanmoins le pas de bloc de réta est plutôt tenace ! Encore un petit mouv puis je rejoins de très bonnes prises en “goutte d’eau”... Magnifique ! Lorsque j’ai la possibilité de mettre des protections qui n’altèrent pas le rocher, je ne m’en prive pas. Après la dalle, et juste avant un petit bombé, une fissure horizontale laisse apparaître plusieurs hanses, encore un joli don de la nature. Je me suis toujours posé la question suivante : comment le rocher peut-il se sculpter de la sorte, et ainsi transformer un simple élément minéral en paradis des grimpeurs...? J’écris cela en pensant par exemple aux Taffonis à la Picasso en Corse, ou aux fissures Proustiennes du Val D’orco ! En tout cas, cette lunule vient à point : l'alignement des points est parfait !
J’arrive alors au niveau d’une petite vire, un emplacement rêvé pour le relais !

 

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Kev, en bon finisseur s'acharne à nettoyer une micro fissure !

 

Au dessus, ça se couche sérieusement. On arrive dans la 2de partie de la falaise, une partie fracturée, coupée de nombreuses vires. La stratégie d’équipement change; en dessous, il fallait trouver le chemin le plus facile, et il n’y avait pas “36000 options”. Ici, on recherche la difficulté... Et c’est à mon avis le plus difficile, combien de fois ai-je été tenté de prendre au plus facile, au lieu de passer 3 mètres à côté, dans une dalle atroce?! Bref, cela représente néanmoins l’avantage de pouvoir contourner les zones difficiles, de mettre un point quelques mètres au dessus et de se mouliner ! Tricherie diront certains, je leur répondrai gage de sécurité, économie de temps et d’énergie ! Je recherche souvent mes limites et j’y prends un certain plaisir, mais lorsque je peux m’épargner un peu, je n’hésite pas une seconde ! Après un départ un peu retord, je rejoins une belle ligne de fissure. Cela donne une escalade facile, mais vraiment plaisante et en contrepartie plutôt engagée ! Dans cette longueur, il est vivement recommandé d’emporter un jeu de friends (camalots 0,3 - 0,4 - 1) !


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Départ du 6b+

 

Je croise 2 larges vires, je me retrouve alors au pied du mur final. Etant vraiment au dessus de ces vires, je n’ai pas envie d’équiper un départ trop abo. Après quelques mètres dans ce mur, je réalise que le tirage est trop important. Je vais fractionner la longueur, quite à en avoir 2 petites ! Après un bon combat de neurones, pendu sur divers objets d’une précarité certaine, je sors enfin dans de magnifiques cannelures. Le dernier relais de Zauberberg est là, j’épargne le rocher de 2 trous supplémentaires !

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Le sourire dans l'épais brouillard qui nous a cueillis durant l'avant-dernière longueur...

Peu importe, la voie est terminée !


La forme de cette paroi me rappelle la proue d’un navire. Lorsque je monte là-haut, j’ai réellement l’impression de me retrouver dans une petite crique perdue dans l'océan, ce lieu inspire au voyage. Le climat océanique que nous avons rencontré durant ces 3 jours d’ouverture ne font qu’amplifier ce sentiment... N’y a-t-il pas eu un océan qui recouvrait les Aravis quelques millénaires avant notre ère... Les seules traces encore visibles aujourd’hui sont les multiples fossiles que l’on croise dans le champ de lappias, juste en dessous !
Nous sommes donc entre le monde de la montagne, et celui de l’océan, c’est un peu la Nouvelle Zélande à la française... C’est tout simplement un petit paradis hors du temps, un coin propice à la méditation ! D’où son nom... : “Entre deux mondes...” !

 

 

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Descente vivement conseillée dans "Zauberberg" en 4 rappels !

 

Je remercie très chaleuresement le CAF Annecy pour la fourniture des spits et le prêt du perfo, sans lequel cette voie n'aurait jamais vu le jour !

 

--> http://www.cafannecy.fr/

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