Araviski : brosserie d'hommage...

Publié le par Yann Borgnet

Ce week-end, nous avons célébré une grande fête du ski-alpinisme, mais surtout, nous avons rendu hommage à quelqu’un qui m’a beaucoup apporté. Steph était de ceux qui m’ont lancé, avec qui j’ai découvert cet élément. Ces reliefs qui, lorsqu’on y met un pied, vous happe sans même vous laisser ni le choix, ni une marge de manœuvre dotée de rationalité. Cet élan, cette emprise s’appelle passion, et ce qui est passionnel n’est par truisme non rationnel. Notre rencontre fût celle de tout entraineur entrainant son équipe. D’abord empreinte d’un grand respect à son égard, nos rapports furent bientôt amicaux. Je me souviens parfaitement de cette première rencontre au sein du local du CAF Annecy, tous ces jeunes que nous étions, ébahit devant le champion qui nous parlait. Personne ne disait mot, tout le monde écoutait avec la plus grande attention. Ensuite, ce fût les entraînements, puis les courses. Je me souviens d’une bonne savonnée qu’il m’avais mis. J’avais dis que je prendrais le logement pour une course aux alentours de Grenoble, puis au dernier moment, faute d’organisation, je n’avais pas réussi à trouver de chauffeur pouvant m’y conduire. Le matin, je faisais tout pour retarder sa rencontre, je savais bien quelle serait sa réaction... Réaction qui ne s’est pas fait attendre ! Ensuite, il y a eu la Pierra Menta, il m’y a conduit. Timide, presque gêné, je ne savais pas trop quoi dire. Et voilà qu’on se paye les bouchons avant Albertville... Et puis il y a eu la traversée des Aravis, le début de tout ! Je ne sais pas vraiment qui en a eu l’idée. Lui l’avait depuis longtemps, j’en ai parlé, il l’a opérationnalisé, et c’est ainsi que le projet a vu le jour. Ce fût trois journées extraordinaires, dans des montagnes désertifiées de tout âme !

 DSC04107

Traversée des Aravis : sommet du Charvin, fin du voyage

DSC04108.JPG

A partir de ce jour, nos sorties étaient hebdomadaires, nous parcourions les Aravis en long, en large et en travers. Ensuite, il y a eu le printemps, un We de ski dans le Queyras avec Nadège, puis la saison de pente raide. Je n’ai jamais été un très bon skieur, techniquement parlant. Je passais partout, mais mon ski présentait des faiblesses. Néanmois, Steph m’a vite proposé de l’accompagner dans quelques descentes vertigineuses. La première d’entre elle : la descente des Varo à la Tournette. Après la remontée dans le couloir, il me demande, une fois au sommet : tu le sens ? Je ne savais que dire. C’était raide, très raide, et l’erreur était proscrite. La suite de sa phrase me décida «soit tu viens avec nous, soit tu descends de l’autre côté». Voilà, je ne voulais pas descendre de l’autre côté, alors je les ai suivi. Cependant, sa dernière phrase me glaça : «tu n’as pas le droit de tomber, je ne pourrais rien faire». Cela m’a toujours frapper : emmener un gamin de 16 ans, équipé avec du matériel de compétition, dans une danse avec la mort, un solo intégral dont la maîtrise n’est que partielle...

DSC00839

Queyras sauvage...

 DSC05134

Maîtrie imparfaite

Il y en eu d’autres ensuite, souvent avec le regretté Nico Wirsching : le couloir Mayer Dibona au dôme des écrins, où je me suis arrêté à mi-pente à cause d’une section en dry-skiing, le col de la Verte, d’une raideur fulgurante, si bien que je m’arrêta également à mi-pente, et j’attendis de longues heures vacher à mon bout de rocher. Après cette demi-descente, j’étais frustré de ne pas avoir fait de sommet, et après un petit «caprice», nous voilà à l’attaque de la Nord-est des courtes, il devait être 13 ou 14h. Et puis la face sud du Chardonnet, et puis, et puis, et puis tant d’autres choses... 

Nico, Steph et moi-même, dans le couloir du col de la Verte : 

Araviski 5004

Araviski 5022

IMGP1599

IMGP1646

La saison estivale arriva, et un gros projet que nous avions depuis longtemps : la Walker aux Grandes Jorasses. Comme préparation, il y eu le Pic de Burre et sa fameuse voie Demaison, un de mes meilleurs souvenir de montagne. Ce n’est pas tant la difficulté et la beauté de la voie, ni l’aura et l’audace de son ouvreur qui m’ont marqué, mais la spiritualité et les esprits qui rôdaient autour de cette montagne. Jamais je n’ai ressenti une autre fois cette sensation si particulière de plénitude, une alchimie si particulière entre un paysage lunaire, un voile blanc enveloppant le plateau, et une apparition surréaliste. Non celle de Marie, mais celle d’un terrain de foot en béton, et bientôt de grandes paraboles blanches, presque imperceptibles dans le brouillard. Et puis ce bivouac à la belle tous les 3, Steph, Nad et moi. Ce coucher de soleil, cette paroi coupée au couteau...

 100 2329

Préparation du matos, vers Corps

100 2334

Apparition surnaturelle...

Puis, nous réaliserons la Grande Arabesque à la journée, une combinaison de grandes voies d’escalade dans les Aravis. Steph m’a toujours bleuffé de ce côté là. Le rocher n’a jamais été vraiment son truc, il grimpait dans le 6a. Mais ce qui m’a toujours frappé, c’est qu’il grimpait aussi bien dans le 6a dans la salle de Berthollet, que dans le 6a de couenne, que dans le 6a non équipé en montagne, avec la même aisance. La grande arabesque présente de nombreuses longueurs dans le 6a et 6a+, et nous l’avons grimpé quasi totalement en corde-tendu, Nad nous attendait au pied de Chombas pour le pic nic...

DSC01651

DSC01671

Ensuite, nous allâmes à Chamonix, dans l’espoir de pouvoir se frotter à l’ogre français. A l’OHM, nous apprenons la mauvaise nouvelle : la voie est en condition hivernale. Nous faisons une croix sur les Jorasses, et nous nous reportons sur le pilier Gervasutti au Tacul, puis la traversée des Aiguilles de Chamonix.

Pilier Gervasutti : 

DSC05375

DSC05383

DSC05422

Aiguilles de Cham : 

DSC05446DSC05459DSC05461

DSC05492

Ensuite, nous terminerons l’été dans la voie Pierre Alain à la Meije, 5h07 depuis le pied, l’âme du compétiteur était encore bien là ! Je pense que les 6 cordées que nous avons doublé sur les arêtes s’en souviennent encore. Ils ne nous accueillaient pas avec des cris de joie... La boucle Bérarde-Grave-Bérarde fut bouclée dans la journée !

DSC05606

L’année suivante, je lâchais un peu la compet pour faire de la montagne. Il y a donc eu cette sortie cascade à Manigod, nous avions gravi Adrénaline. Steph, la cascade, ce n’était pas trop son truc, mais il aimait bien s’y frotter, tester de nouvelles expériences verticales ! C’est d’ailleurs ce qui l’a poussé à me proposer de tenter Aravicime.

DSC00362

Cette goulotte calcaire nous résistera ! Le lendemain de ma majorité, sorte de cadeau, nous allâmes dans la Face Nord des Droites. La Colton-Brooks semblait en condition. Je pense que cette ascension lui a fait prendre conscience d’une chose : l’alpinisme technique n’était pas son monde. C’était un excellent montagnard, pas un alpiniste. Après avoir essayé de nombreuses fois de le fatiguer en ski, d’y être parvenu qu’une seule fois aux alentours du Col de la Colombière, alors que j’étais moi même à bout, voilà que je lui trouvais une limite à notre Steph. Je m’en réjouissais presque ! Je me rappellerais longtemps de cette grande traversée ascendante et mixte, quasi improtegeable, dans laquelle il a vu le diable à de nombreuses reprises. Si bien que nous descendrons en hélico deux longueurs sous le sommet. Sage décision ? La nuit était proche, il y avait le travail, je passais mon permis 2 jours plus tard... Des gens étaient encore à mi-pente dans les Courtes.

DSC01160

 

Rencontre aux Grands Montets

DSC01180

DSC01196

DSC01203

DSC00587

L’été suivant, nous ferons notre dernière course d’ampleur : l’Intégrale de Peuterey. L’approche au bord de la rivière tous les 5, Cyril, Steph, Nad, Célian et moi. Et oui, il avait franchit un cap, il était papa ! Et puis l’effort, l’effort continue durant 2 jours. Il l’avait déjà faîte avec avec Moulinos et Pierre Gignoux, récompense de l’entraîneur suite à une bonne saison. Ce fût à l’époque quasi deux fois 24h ! Cette fois, nous attraperons la benne de service de l’Aiguille du midi, Cyril à la limite du MAM ! À cette époque, mon casque de musique vert ne me quittait jamais, et Steph s’en marrait !

DSC02389

DSC02393

DSC02427

P1000498

Sommet du Mont-Blanc

Par la suite, sa vie familiale et professionnel, mon orientation vers l’alpinisme firent que nos sorties furent moins régulières. Nous avions des contacts réguliers, et nous partageâmes encore quelques belles escapades en ski de rando. Ce sms reçu d’un ami le 17 juin 2012, en fin d’après midi me glaça sur place, impossible d’y croire... Et pourtant... Moi qui te pensais invincible, tu avais cette image de la vie, cette image du bonheur et de la joie, cette joie que tu mettais dans tout ce que tu entreprenais : ta famille, ta maison, les sorties en montagne... Tu as été un fabuleux mentor, tu m’as fait confiance, tu m’a donné le goût des longues escapades, des enchaînements, mais surtout la passion de la montagne ! Tu avais cette volonté et cette faculté rare de transmettre !

10 mars 2013, je me retrouve pendu à mes fines ficelles, elles-mêmes accrochées à une double toile. Je film la course que tu voulais créer, après les Noctibauges, la Sully... Dans toutes les courses que tu avais organisé, il y avait ces composantes de fête, de découverte et de transmission de la passion qui t’animait. Ce rassemblement fut à cette image, à ton image : simple et très apprécié !

D'autres photos aériennes de l'Araviski : ICI

P1040619.JPG

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article