Voyage en face sud de la Butte !

Publié le par Yann Borgnet

 

Pour mon dernier WE de "vacances", direction l'envers du Mont Blanc ! Christophe doit faire un shooting Lafuma, et il a besoin de monde ! Outre Thomas Vialletet le photographe, Kevin et moi serons de la partie !
Nous montons donc vendredi soir au Refuge Monzino, à mi-chemin entre le village du Frêney et les bivouacs Eccles ! J'adore ce lieu, une vallée paisible, mais malheureusement quelque peu envahie par les touristes durant la saison chaude. Enfin, en ce début septembre, nous sommes plutôt tranquilles... Seulement quelques touristes venant sortir leur polo Ralf Lauren, mais rien d'alarmant ! L'approche : une alternance d'alpages et de barres rocheuses équipées en via ferrata. Un lieu hors du temps, de petites rivières forment de gigantisques toboggans lorsqu'elles croisent la grande barre rocheuse. Avec cette chaleur, l'envie de me mettre dessous me prend... L'eau vient du glacier, elle doit être gelée ! Cela me dissuade ! Et puis il est déjà tard. Pour une fois, c'est le grand luxe au refuge : la demi-pension !
Les gardiens du refuge ont installé une slack, alors on ne peut s'empêcher de nous y essayer ! Pieds nus, en chaussettes, et même en crocs !
C'est enfin l'heure du repas ! Que c'est bon de manger la même chose que les autres, et pas des nouilles chinoises ou autres panzani 3mn surfades ! Les autres, 2 personnes. C'est vraiment pas la foule ce soir ! Ca change du Goûter, de ses dortoirs à 40, de ses 2 services et surtout de sa malbouffe et de son rationnement. En entrée, une grosse assiette de pâtes cuisinées à l'italienne, un délice ! Je suis déjà repu avec ce premier plat, suit une bonne polenta accompagnée de viande, et un flan maison ! Le repas est excellent, et l'accueil chaleureux ! J'adore ! Le refuge Monzino est gardé par un couple et 3 enfants, ainsi qu'un homme à tout faire d'origine indienne/tibétain... Esclavage moderne?!... En tout cas, il s'activait plus que les autres ! Bref, c'est pas mes histoires, ils sont cools et on y mange très bien !

Le lendemain, levé 4h ! Nutella au p'tit déj (le vrai !), c'est plus que le grand luxe ! Ca me donne un peu de courage pour les 4h d'approche qui nous attendent ! De nuit, le temps passe plus vite, on se rend moins compte de ce qu'il nous reste à parcourir. J’ai également souvent remarqué que le noir change notre perception du risque et du vide. L’approche est chaotique, nous louvoyons entre crevasses et séracs, tous plus impressionnants !


 

0.jpg

7h, le soleil effleure déjà les flèches de granite. On se délecte de ce panorama... Je n'aurais raté ce rendez-vous pour rien au monde.


00.jpg

Un vrai labyrinthe, les murs sont remplacés pas d'immenses gouffres gelés, de grandes gueules de requins !

 


Au lever du soleil, nous nous arrêtons souvent pour prendre des photos. Si bien que nous n’arrivons pas très tôt aux bivouacs. Etant les premiers, nous avons le luxe de choisir notre tonneau ! Nous choisissons le plus récent, et le plus grand ! 
Après avoir grignoté, nous partons en direction du Pilier Rouge, magnifique flèche de granite qui nous nargue depuis le bivouac !

 

1.jpg

 

L’approche est toujours aussi impressionnante ! On longue une énorme crevasse en arc de cercle, là encore côté ambiance on est servi !


 

2.jpg

L'approche, pureté des contours des crevasses, austérité de la Noire, limpidité du ciel !

 

Le pied de la paroi est truffé de ponts de neige, autant de pièges inévitables qu’il faut accepter ! Je ne les apprécie guère !


 

111.jpg

Kev joue avec le feu ! Petite frayeur en perspective !

P1000411.jpg

Toujours autant d'humilité sous cette flèche... Le vide est écrasant !

 

La taille du glacier ayant diminué, l’attaque originale ressemble à une grande dalle exposée... N’ayant aucune envie de me mettre dans le rouge au dessus de la sympathique rimaye, nous attaquons par la rampe de la Directissime Gabarrou-Long. (Une voie fantastique qui remonte le grand mur compact en son centre).
La première partie de la voie ressemble à un immense escalier. De nombreuses vires viennent casser l'ambiance et le vide des 250 premiers mètres !

 

4.jpg

Petit pas fino au départ de la rampe !

 

5.jpg

Dalle, surplomb... Cette première longueur est assez complète !

 

Après cette longueur commune à la Directissime, on retrouve notre voie. Une belle longueur sur des lames décollées mènent au pied d'un 6b en dalle... Petit zeste d'engagement !

 

P1000421.jpg

P1000425.jpg

  Les lames décollées


6.jpg

Inquiet?? ça va bien se passer !

 

7.jpg

Départ du 6b, on oublie les points, on se concentre sur sa grimpe !

 

Cette dalle marque le début de la deuxième partie ! Celle-ci ressemble à la fameuse chandelle du Frêney : verticalité, compacité, couleur rouge orangé, pureté des fissures... Tout est réuni pour passer un excellent moment ! Le plaisir du beau geste, le casse-tête d'un petit pas de dalle... Autant d'instants que l'on retrouve dans les 3 longueurs d'anthologie qui suivent ! Un 6a puis deux 6b.

 

8.jpg

9.jpg

Le 1er 6b : un pas de dalle subtil suivi d'une belle envolée en fissure et d'un bon blocage !

 

10.jpg

Verticalité, maître-mot de cette deuxième partie ! Kev dans le premier 6b !

 

12.jpgVieux Kev, toujours le sourire, ça fait plaisir !

 

On rejoint alors la troisième partie de la Directissime. Il est déjà tard, et j'ai déjà grimpé cette partie l'année dernière. Si nous voulons sortir sur la butte demain, il nous faut garder un peu de jus ! Nous tirons donc les rappels !

13.jpg

Le retour au bivouac, la neige a bien ramolli !


14.jpg

Coucher de soleil derrière le pilier rouge.

 

Le soir, mures réflexions sur la suite à donner à notre voyage en face sud. On avait parlé de la voie Seigneur au pilier Sud du Frêney... Finalement, Christophe et Thomas sont satisfaits des photos, et décident de redescendre à Monzino puis à la voiture.

Option qui me motive peu ! Nous sommes au bivouac Eccles, la météo est au beau fixe pour le lendemain ! Je propose la classique du Frêney à Kevin. J'ai déjà fait la directissime Jori Bardill, et j'ai très envie de me confronter à la fameuse chandelle ! Au début, Kev est moyen motivé, ayant peur que son entraînement et son acclimatation ne soient limite. Nous ne prenons donc aucune décision ce soir. On verra bien demain matin l'état de forme et de motivation ! Nous préparons tout de même les sacs !

 

Dimanche 5 Septembre, levé 4h. Pas un échange sur le programme de la journée. Comme une évidence, nous avons décidé, et chacun sent chez l'autre que la même décision a été prise ! Sorte de télépathie du sommeil. Ce matin, je suis très heureux d'aller me frotter à ce pilier mythique. Tout me revient en tête : le livre de Pierre Mazeaud, celui de Bonatti. La tragédie de 1961 qui coûta la vie à 3 alpinistes, dont Pierre Kolhmann. J'ai vraiment envie de me rendre sur place, d'essayer d'imaginer le calvaire vécu par ces 5 hommes subissant sans défenses les caprices de la montagne. Le fameux bivouac qui précède la Chandelle. Bonatti, un surhomme...

 

Presque 5h, nous fermons la porte du refuge. Le timing est respecté ! Je craignais la pente de neige qui mène au col Innominata. L'année dernière, elle était en glace noire. Par chance, aujourd'hui, elle est en excellente condition ! Il y a même des traces ! Grâce à cette qualité d'enneigement, nous arrivons très rapidement au col. Il fait encore nuit noire. J'hésite entre tirer un rappel ou descendre par le couloir de l'autre côté. Pas évident de trouver les relais dans cette nuit noire, alors nous désescaladons le couloir. 30cm de poudreuse fraiche, on pourrait même skier !

Zut, il fait encore nuit ! Moi qui voulais arriver au col pour le lever du jour... Est-on si rapides? On est en septembre, mais quand même ! Déjà que les télécabines et trains ferment plus tôt. Le jour ne va quand même pas non plus se mêler de la partie ! Un petit calcul me dit que c'est improbable... Avoir le train du nid d'aigle ou la télécabine de l'aiguille... on y croit tout de même !

Je ne me souviens plus bien où il faut passer. L'année dernière, nous sommes passés en haut de la grande ligne de rimaye qui marque la cassure de pente. En bas, ça à l'air moins raide... mais va-t-on réussir à rejoindre l'approche ?! Nous traversons donc les pentes très raides, franchissant quelques goulottes plus ou moins problématiques ! En photo, l'attaque est évidente, en vrai ça l'est moins !


15.jpg

Lever du jour. Au fond, le Cervin se dresse majestueusement !

 

Nous attaquons peu après le lever du jour. Le but : aller au plus facile. Le topo n'est pas clair, il vaut mieux suivre son instinct ! 

Pour détruire encore un peu plus nos chances de descendre en benne, Kev trouve la bonne idée de perdre un chausson dès la première longueur... Clin d'oeil aux pionniers, il grimpera avec une grosse !

 

P1000489.jpg

Kev, mi grosse, mi chausson !


16.jpg

Après une petite erreur d'itinéraire, une traversée à gauche nous remet dans le droit chemin !


17.jpg

Blanche et Col de Peuterey... Panorama toujours aussi fantastique !


18.jpg

Montagnard un jour, montagnard toujours !

 

Je ne sais pas bien où l'on est sur le topo. Après quelques longueurs de corde, je me retrouve sous une large fissure. Je me souviens alors que Christophe m'avait parlé de gros friends pour une longueur ! On est donc sur le bon chemin. N'ayant aucun gros friend, ça engage un peu !


 

20

La grosse fissure : une longueur magnifique !

 

Cela fait quelques longueurs que je traverse des névés (en chaussons grrr), et à chaque fois je me dis "c'est l'arête neigeuse qui précède la chandelle", et il y a toujours de la neige, et la paroi ne se décide jamais à se raidir ! 


21.jpg

Enfin la fameuse arête neigeuse, les choses sérieuses vont pouvoir commencer...


22.jpg

... Par un petit 5c pas évident !

 

Quelques heures que j'attendais ce moment : je pose le sac, sors la dyneema... Je peux enfin sortir le grand jeu, ou tout simplement me faire plaisir en libre, et relativement léger !


23.jpg24.jpg

Dans le premier 6c ! De la belle grimpe en fissure !


25.jpg

Kev, également dans le premier 6c !


26.jpg28.jpg

Suit une traversée en dalle bien fino, toujours 6c !

 

On change alors d'orientation, du Sud, on passe à l'Est et pas besoin de sortir le thermomètre pour sentir la différence, ça caille vraiment ! Me voilà au pied de la longueur clé ! La température n'est pas très propice, je ne sens déjà plus mes doigts ! Un bon pas bloc pour passer le premier toit juste au dessus du relais, puis une fissure à doigt ! Je clippe un coinceur, fait deux mouvs, monte les pieds très haut et en 1 quart de seconde je me retrouve 3 mètres sous le dernier point... Ouf, il a tenu ! Remis de mes émotions, je termine la longueur. La sortie du toit est un peu verglacée...

 

P1000556.jpg

Ambiance, le froid, le vide, le surplomb... tout y est !

 

Reste alors 1 longueur de traversée et une grande longueur facile pour rejoindre le haut du pilier. Le brouillard est maintenant de la partie et cela change la donne ! Un petit rappel et une remontée en mixte permet de rejoindre l'arête du Brouillard justement.

 

P1000564.jpg

 

De là, il n'y a plus qu'à se laisser emporter jusqu'au toit de l'Europe. Je ne ressens plus la même émotion que les 2 premières fois... Malheureusement, comme pour tout, on s'y habitue, on s'en lasse ! Bien sûr, si je me lasse du sommet en lui-même, j'éprouve toujours le même intérêt, le même amour pour ces piliers du Brouillard !

Vivement mon prochain séjour à Eccles !

 

P1000560.jpg

Le temps se gâte... La gore-tex est la bienvenue !

 

Le sommet, c'est bien, mais on est pas encore chez soi !

Vue l'heure qu'il est, on ne peut compter que sur nos pattes si on veut rentrer à la maison ce soir ... Au mois de septembre, que ce soit par l'aiguille (17h30) ou par le nid d'aigle (16h50), il faut être très rapide ! Avec la perte du chausson, je n'avais aucune envie d'exposer la chair en corde tendue, alors nous avons tiré de grandes longueurs... Mais ça ne suffisait pas pour économiser les genoux ! Ce fut donc 5h30 de descente interminable, qui s'acheva à la frontale ! On s'en est quand même mis plein les yeux, constatez par vous-même !

P1000587

 

P1000600.jpg

P1000605.jpg

Kev communie avec le goudron devant la mairie des Houches !


Bien sûr, nous n'avions aucun moyen de transport !

"Allo maman, tu peux venir nous chercher??"

"Le stop ça marche bien"...

Simplement, quelques petits détails font que ça ne pouvait jamais marcher : aux Houches, il n'y a pas un chat à 21h30, et 2 gars transpirants, pas lavés depuis 3 jours, pas coiffés, pas rasés... le tout de nuit... Bref, merci Kapil pour le "petit" détour !

Demain, c'est la FAC, la belle vie... ou presque !

 


Commenter cet article

Mulberry Vesker På Nett 11/10/2012 09:43

i løpet av kvartalet tok en rekke avant-garde design forstand enkelt produkt, og dette har ført Skull ryggsekk SASQUATCHfabrix. Signs

marlène 08/09/2010 21:15


vendeur de rêve...voilà un beau métier!