Face Nord du Grand Dru - Voie Lesueur

Publié le par Yann Borgnet

Tout commence par un coup de fil de Christophe, alors que je suis dans une salle de cours rennaise. Le créneau est là ! Le lendemain, me voilà donc dans le premier train, retour aux sources ! Au début, nous avions un projet d’enchaînement dans le Massif, mais la sécheresse ambiante nous a contraint à renoncer, après un repérage dimanche, et une demi-approche lundi. Pas facile de retrouver de la motivation pour rebondir... Après un petit détour par la bibliothèque de l’ENSA, c’est décidé, ce sera les Drus, par la face Nord ! Les Drus, j'en connaissais la face Ouest, impressionnant jet vertical de 900m de haut, probablement la paroi la plus imposante du Massif. Lorsqu'on circule entre Cham et Argentière, c’est LA montagne qui titille le regard. Elle a l’air là, toute proche, presque palpable. Éclairée par les rayons du soleil couchant, elle semble presque accueillante... Et pourtant, elle a subi de monstrueux éboulements ces dernières années, en témoigne l’immense tâche grise qui jalonne la face sur toute sa hauteur. Aucun doute, la montagne est vivante. Nous en ferons l’expérience lors de l’ascension, de lugubres craquements venant du coeur du monstre... Signe que nous ne sommes que peu de choses à côté de cet empilement de 3 tours Eiffel... La Face Nord, lieu austère, face cachée. La discrète Face Nord, raide, écrasante... Et pourtant, si accessible ! Des Grands Montets, c’est l’histoire d’une grosse heure ! Plus je m’en approche, plus elle me fait peur.

 

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J’ai pas mal de doutes quant à mes capacités de grimper une telle face, de belle manière. Rennes, 40m d’altitude, le bivouac, à plus de 3000m. C’est surtout la condition physique qui m’inquiète... Le bivouac au pied de la face est 5 étoiles. Nous partageons le dernier repas sur la terre ferme devant un coucher de soleil fameux sur nos montagnes, le Massif des Aravis. Quel plaisir d’être là !

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3h45, l’heure fatidique du lever... C’est déjà presque une grasse matinée pour aller grimper en montagne ! Nous atteignons rapidement nos affaires déposées la veille au pied de la voie. En ce moment, c’est un vrai festival dans la face Nord des Drus. Les jeunes des équipes s’énervent dans la Pierre Alain, beaucoup de cordées tentent le Couloir Nord, désormais classique du Massif. Personne dans la Lesueur, c’est plutôt bon signe ! Cette voie n’a été reprise que très rarement dans son intégralité. Ueli Steck y est allé traîner ses piolets cet hiver, mais en grimpant par de multiples variantes qui dénaturent un peu l’ampleur de l’itinéraire. Pour notre part, nous voulons grimper la voie originelle, celle de 1952. J’attaque donc par 2 longueurs de mixte d’approche, échauffement préparatoire aux hostilités qui ne tardent pas à arriver. Je réalise alors ce qui est désormais passé dans le langage commun comme étant une “borgnette”. Pour les ignares, une “borgnette” est un incident de parcours lors d’une ascension. Pour ma part, une ascension réussie ne peut l’être sans une borgnette. Je choisis donc le début de la voie pour être sûr de ne pas l’oublier par la suite. Troisième longueur, donc, mon piolet file dans le vide ! Tout commence pour le mieux, alors que nous avons 700m de face mixte au dessus de la tête. Un élément de plus qui vient s’ajouter aux craintes initiales. Les conditions sont relativement sèches, les températures plutôt douces. Descente signifie retour à casa. Elle se fera donc depuis le sommet, ou ne se fera pas !

 

 

C’est donc par une grimpe mi-dry, mi-escalade que je poursuivrai l’ascension. Encore une longueur en tête, et je lâche la bête Dumarest. Aucun doute, il est en forme ! 

 

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Après 4 longueurs, dont une magnifique, c’est à nouveau mon tour. 

Me voilà bientôt au pied du passage déversant où l’on voit Steck à l’oeuvre dans la vidéo de Griffith ! Et moi qui ne voulais pas tomber dessus, me voilà copieusement servi ! Le début déroule bien, de magnifiques verrous de lames dans une ambiance bien raide, presque jouissif ! La paroi, déjà verticale, se redressait encore ! Quelques mouvements plus tard, me voilà déjà au réta... je m’impressionne moi-même sur ce coup-là... Sans hésiter, c’est LA longueur !

 

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Après 16 longueurs de mixte pas toujours très commodes, la nuit commence à poindre, et il serait temps de trouver une petite maisonnée.

 

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10 m sous le relais, ça semble pas mal, ou 30m au dessus, peut-être. Que faire ? Nous choisissons la raison. Un petit rappel nous mène à ladite plate-forme. On se contentera d’une petite plate-forme à peu près plate. C’est moins plat que ça ne paraissait d’en haut, mais un petit peu de terrassement va remédier à ce défaut. Deux places allongées, quel luxe !

Nous pouvons commencer la valse du bivouac, avec l’objectif de ne commettre aucune borgnette superflue, bien sûr. Arrivés à 18h30, il nous faudra 4h pour terrasser, faire fondre 2 litres d’eau et manger...

 

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4h, réveil... Difficile de s’arracher à la chaleur du duvet. Il le faut bien pourtant. Comme la veille, c’est le bal du réchaud qui inaugure cette seconde journée en paroi. Faire fondre de la neige, encore, toujours... Ce matin, c’est à moi de commencer la montée. La longueur ne m’inspire pas : une fissure large qui vient rayer un petit mur déversant. Le passage est court, mais impressionnant ! Je pose le sac, et attaque. Instinctivement, les mouvements s’enchaînent, et me voilà au réta. Je suis toujours frappé par l’adaptation du corps au rocher, plus précisément par son adaptation "subconsciente", c'est-à-dire dénuée de conscience. Par un automatisme bien réglé, les mouvements s’enchaînent de manière presque logique. Il y a toujours la prise là où il faut, quand il faut. Il suffit alors de laisser aller son corps dans des positions que le rocher lui impose, tout en participant à leurs créations. Ce passage en est un exemple supplémentaire : je pense que l’escalade est un sport qui ne mobilise pas en priorité les ressources cognitives en amont du mouvement, mais qui consiste au contraire en une perpétuelle adaptation à un environnement fluctuant. Je me retrouve alors au pied d’un tunnel, surmonté par un enchevêtrement de lames dont le maintien tient du miracle, et peut-être pour une petite part du gel. Passage fort peu commun, plus impressionnant que difficile. Au début, on n'ose pas toucher les lames, puis vient un moment où, ayant épluché toutes les autres alternatives, on commence à les effleurer... C’est alors par une répartition subtile des appuis que l’on parvient à s’extirper du passage. Répartition subtile se traduisant davantage par un tractage en règle sur l’enchevêtrement douteux... Cette fois-ci, il a tenu !

 

Bientôt le couloir Nord, que nous quittons à une longueur de la brèche pour nous engager dans de belles longueurs de mixte en traversée, afin de rejoindre le sommet du Grand Dru.

 

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Le sommet, plénitude d’un instant unique. Instant mêlé de satisfaction, de relâchement, de décompression, de chaleur, d’une volonté de se reposer, de ne plus penser ou de ne penser à rien, juste à l’instant, à l’instant présent. Alors que notre existence est mêlée de regrets, de souvenirs, de désirs, d’espérances... Ce sont de rares instants où l’on se contente de l’instant, instant de bonheur, peut-être.

 

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