Hommage à Walter Bonatti...

Publié le par Yann Borgnet

Je ne ferai pas un article complet comme j'ai l'habitude de le faire pour ce projet... Je veux y laisser un certain mystère, et garder un peu pour moi toutes les émotions vécues durant ces 6 jours à parcourir grandes faces, piliers et arêtes... Egoïsme, je ne pense pas... C'est plutôt le temps d'une décantation, et je pense que j'aurai largement l'occasion de partager ce voyage d'une manière plus conviviale que par ce blog.

Une chose est certaine, ce que j'ai vécu durant cette semaine va marquer profondément ma pratique de l'alpinisme. Pour moi, la montagne, c'est ça. Je n'ai rien à retirer aux performances d'un Ueli Steck, il ne joue de toutes manières pas dans la même cour que moi. Enchaîner les performances et les chronos comme il le fait ne m'intéresse pas. Au contraire, la montagne représente pour moi un don de la nature, et il convient donc d'en profiter un maximum, mais également de partager ces instants extraordinaires.

 

En quelques mots, ce projet est un hommage au Grand Alpiniste italien Walter Bonatti. Né en 1930 à Bergame, celui-ci a profondément marqué la pratique de l'alpinisme. Il a été un véritable précurseur. De 1951 à 1965 il n'a cessé d'ouvrir des itinéraires de grande classe : du Grand Capucin au Cervin en passant par les Drus, le pilier rouge du brouillard, le grand pilier d'angle et la fameuse tragédie du Freney. Il a reçu récemment le "Piolet d'or Carrière"...

En modeste alpiniste que nous sommes, et en accord avec notre éthique, Christophe Dumarest a imaginé un parcours reliant plusieurs parois que le transalpain a gravies durant ses heures de gloire... Il m'en avait parlé, et je lui avais exprimé ma motivation pour ce projet que je trouvais extrêmement esthétique.

Christophe avait déjà réalisé des tentatives, et notamment avec le regretté Thomas Emonet.

 

Ce projet s'est cette fois-ci organisé à la toute dernière minute. Les affaires préparées entre 21h30 et 22h30 pour un départ à 6h le lendemain, et fait exceptionnel : nous n'avons rien oublié !

 

Le 7 octobre, départ pour les Jorasses par le 1er train du Montenvert. Objectif : la voie Bonatti-Vaucher. Une voie ouverte en août 1964 par l'équipe italo-suisse précitée. Aujourd'hui, cette voie se gravit en version glace et mixte pour éviter au maximum le rocher évolutif, qui est à certains endroits très mauvais !

Cette voie se déroule entre La directe de l'amitié et No siesta, au niveau de l'éperon Whymper. Elle compte très peu de répétitions, une dizaine, peut-être moins. A priori, nous serions la deuxième cordée française à la gravir, après un passage éclair de Marsigny et Jacquemod en 2004. Grâce à des conditions exceptionnelles, ils ont pu gravir cet itinéraire à la journée, en 14h.

Pour notre part, ce sera un mauvais bivouac 3 longueurs sous "l'araignée", gros névé suspendu de la partie supérieure de la face.

Après une courte nuit cahotique, il faut remettre les couverts pour des longueurs sérieuses, dont certaines en mauvais rocher.

Nous sortons de la grande face nord à 16h30, 18h30 de grimpe en cumulé pour en venir à bout... ça laisse des traces. La journée est loin d'être finie, et cette traversée des Jorasses dans ces conditions plutôt hivernales qu'estivales m'inquiète un peu. A 21h, nous arrivons enfin à Canzio... Gros soulagement !

 

Le 9, c'est par les longues et magnifiques arêtes de Rochefort que nous rejoignons Bernard Dumarest et son ami Bruno au refuge Torino. Une fantastique croisière au dessus d'une interminable mer de nuages, et qui s'achèvera dans une petite tempête de neige ! Cette arête, très fréquentée durant la saison estivale est aujourd'hui déserte... Pas une trace, pour notre plus grand plaisir !

 

Le 10, ascension de la voie Bonatti au Grand Capucin. J'y avais déjà mis les pieds à 2 reprises, ce qui ne m'empêche en rien d'apprécier une fois encore ce joyau chamoniard, et cette voie absolument majeure ! Bonatti avait fait une tentative à mon âge, et il avait finalement réussi à inscrire son nom sur cette flamme de pierre, à 21 ans.

Après cette ascension expresse, descente dans le Val Ferret, bien sûr à pied, et jonction mémorable en vélo et de nuit pour rejoindre le Val Veny !

 

Le 11, une journée difficile pour moi... Les 2300m de dénivelé pour monter à Eccles ont été rudes !

Le soir, il neige...

 

Le 12, après une ascension de la voie Bonatti-Oggioni au Pilier Rouge du Brouillard compliquée par la neige tombée la veille, nous rejoignons la Pointe Louis Amédé par un terrain péteux, puis une bonne partie de l'arête du Brouillard jusqu'au toit de l'Europe, point d'orgue de ce modeste hommage en comparaison à la carrière de Bonatti.

La suite restera pour moi gravée à tout jamais, avec une fin en apothéose...

 

Nous avons réalisé cet enchaînement dans un massif du Mont Blanc complètement désert, j'y ai réellement ressenti un contact intime avec la nature, que ce soit en haut ou durant notre passage éclair dans la vallée.

La cordée BD que nous avons formée est très complémentaire... Des délires, il y en a eu, et de très très bons... des prises de tête... aucune. Christophe n'a plus à faire ses preuves, c'est un excellent alpiniste et c'est à chaque fois avec plaisir que je pars avec lui pour de nouveaux voyages... Je ne suis jamais déçu !

 

Je veux remercier toutes les personnes qui ont fait que ce voyage, malgré toutes les incertitudes, a été une réussite.

Pour la logistique, Bernard Dumarest (père de Christophe) et son ami Bruno, Alain Borgnet et Anne Delègue (mes parents).

Pour les images, mention spéciale à Bruno Peyronnet qui s'est démené et qui a passé sa journée du 11 octobre à téléphoner !

Et enfin pour l'achèvement de ce périple et le retour (plutôt difficile et express) à la civilisation, Julien Irilli et Philippe Barnier, connus et reconnus dans leur milieu !

 

Ainsi que toutes les personnes qui de près et de loin nous (me) soutiennent !

 

P1010308.jpg

Sommet du Mt Blanc... Fin du voyage, retour à la réalité...

Commenter cet article

Nike Shox 11/10/2012 09:39

med en kjole, har ofte spilt Type Vifte barn, potensialet til den enkle stilen sportsklær injisere sin egen elegant atmosfære.

Nike UK 08/06/2012 04:30

The side lacing design, to avoid the oppression of foot blood vessels. Nike CTR360 series CTR360 excellent first ball ability.

dausse jean-claude 23/05/2012 14:36

Je viens juste de voir les images de cet hommage à Bonatti, un parcours plus que difficile, sur l'émission "Montagne " Images magnifiques !Merci pour nous avoir permis de découvrir
ces endroits mythiques !

Thierry 27/01/2011 19:52


Bravo, quel régal, j'ai vu l'ITW dans Vertical avec les photos magnifiques ainsi que le reportage dans Montagnes, j'étais aux arêtes de Rochefort l'été dernier mais cela n'a rien à voir avec ce que
vous avez fait. Belle traversée et bel hommage à Walter. Bonne continuation à toi, la route est encore longue et on risque encore de parler de toi. J'aime bien ton approche de la montagne et ta
sérenité, à ton age c'est beau.


Yann Borgnet 02/02/2011 20:20



Bonsoir Thierry, et pardonnes moi pour cette réponse tardive !


Merci beaucoup pour ce message, qui, peut-être cela t'étonnera t-il, n'est pas l'avis de certaines personnes ! En entrant dans cette sphère "médiatique", j'ai découvert une face cachée de
l'alpinisme, une face sale, peuplée de jalousie et de calomnie. Notamment un guide prof à l'ENSA que je connais bien, et qui traite notre attitude (=parution assez complète dans les magazines
Montagne&Vertical) d'escrocrie ! Tout cela parce que l'on a osé partager une aventure humaine & alpinistique, certes dénouée de grande performance (son principal argument : des voies en
TD, une autre suréquipée...). Mon point de vue sur la question est assez différent : je pense que les magazines de montagne n'ont pas la vocation de présenter uniquement l'élitisme, la crème de
la haute performance, mais également l'engagement démesuré de certains (Ueli steck & autres). Et à mon avis, des aventures dans lesquelles on retrouve un angle & un fil conducteur est
plus susceptible d'interresser le plus grand nombre !


Je ne sais pas pourquoi je te parles de tout cela, peut être pour alléger ma déconvenu lors de mon face à face avec la réalité frique&égo de l'alpinisme, moi qui pensait que tout était doux
et cool dans ce milieu... L'innocence de la jeunesse !


Je ne sais pas si on reparlera de moi, en tout cas, cette alpinisme est une peu celui que Berhault pratiquait, et c'est celui que j'ai envie de vivre, que cela plaise ou non !


A bientôt, bonne course, et désolé pour le hors sujet :)


Yann


PS : c'est un peu ce que j'ai dit auparavant, il n'y a pas de meilleur alpinisme. Chacun pratique cette activité selon son désir, ses motivations, son temps... Les arêtes se Rochefort est une
formidable course, et elle n'a rien à envier à un enchainement comme celui que nous avons fait. L'important, c'est de prendre du plaisir et de partager quelque chose... Peu importe la forme !



Philippe 16/11/2010 19:29


superbe! bel hommage! Et surtout beau voyage qui fait rêver! Bravo pour ces enchainement et l'état d'esprit! C'est classe!