Baladinette au Glacier Noir...

Publié le par Yann Borgnet

Pour les photos, topos ---> blog de Robin (l'organisation de l'expé me prend du temps !)

 

Le glacier Noir est un lieu fort austère. On l'atteint après avoir remonté une vaste moraine doté d’un contraste frappant. D’un côté la flore a pris le dessus, fleurs, marmottes et chamois s’y côtoient. De l’autre côté, un vaste éboulis renforce l'impression de solitude inhumaine ressentie en ce lieu. Nous basculons de ce côté, abandonnant toute forme de vie pour un univers exclusivement minéral. Nous sommes le 30 juin, en fin d’après midi. Avec Robin Revest, nous remontons la moraine lourdement chargés : 3 jours de nourriture, le bivouac, le matériel d’escalade...

 

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Au fur et à mesure de notre montée, les faces Nord se dévoilent. D’abord l’Ailefroide, la moins inhumaine car entrecoupée d’une vaste pente de neige, elle-même coupée par un énorme sérac, puis le Pic Sans Nom, la plus haute des parois, d’une raideur incroyable, et enfin le Pelvoux, réputé pour la très mauvaise qualité de son rocher. Nous commencerons d'ailleurs par cette face-là. A la base du glacier, nous croisons une cordée d’alpinistes en train de redescendre, cette fois nous sommes bien seuls. Alors que nous avons passé à l’ombre, nous les voyons glisser dans la vallée, le long de la moraine encore baignée de soleil. Nous les envions ! En découvrant les faces, je mesure peu à peu l’ampleur du projet. Je les imaginais beaucoup plus petites et moins raides... De vastes coulées noires parcourent la base de la face du Pelvoux : les conditions n’ont pas l’air d'être les meilleures...

 

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La difficulté de ce projet consiste dans le fait de pouvoir concilier de bonnes conditions d’escalade dans les faces, tout en limitant le risque de chutes de pierres, très fréquentes l’été dans ces éboulis verticaux. La troisième contrainte concerne les descentes, effectuées dans des couloirs. Comme nous devons à chaque fois revenir au bivouac, sur le glacier Noir, nous ne pouvons pas descendre par les voies normales en versant sud. Il nous faut donc quitter les rayons de soleil du sommet, la vue sur la verdure de la face Sud pour basculer dans l’austérité de la face Nord... Dans ces moments, il faut vraiment prendre sur soi pour accepter cela !

La première journée est très dure moralement. Une concentration de chaque instant est nécessaire, du fait de la difficulté de l’escalade, et des conditions et gestion des risques objectifs... Avec la chaleur de ce début d’été, les névés présents dans la face fondent, créant de grandes coulées d’eau. Avec le froid, ces coulées gèlent, recouvrant la paroi d’une pellicule de verglas impossible à gravir en chaussons d’escalade ! A ceci s’ajoute la qualité exécrable du rocher, si bien que je me demande bien ce que je fais ici... La moitié des prises sont éjectables, et l’autre moitié verglacées, l’équation n’est pas simple à résoudre ! Après 12h d’escalade, nous sortons enfin sur l’arête terminale. Dans les Ecrins, le sommet n’est pas synonyme de réussite, loin de là ! La descente est également une véritable course alpinistique. Le couloir que nous devons descendre est d’ailleurs une course en elle-même, comptant parmi la liste de courses du diplôme de Guide de Haute Montagne. Après avoir descendu une pente de neige très raide, où seule la confiance en soi et en son compagnon est gage de sécurité, il nous faut louvoyer dans un dédale de séracs et crevasses, tous plus impressionnants les uns que les autres. C'est une des pires descente de ma vie, pour laquelle je n’avais pas forcément mesuré l’ampleur des risques objectifs : le couloir canalise toutes les chutes de pierre de la face Nord, et de grosses barres de séracs nous surplombent... Il faut dans ces moments faire totalement abstraction de ces éléments incontrôlables pour se concentrer sur sa progression, car l’erreur n’est pas pardonnable... Le soulagement est vraiment grand lorsque nous prenons pied sur le glacier.

Soulagement de courte durée néanmoins, car la course du lendemain occupe notre esprit à présent. La face Nord du Pic sans Nom est un vaste bouclier compact et raide surmonté d’une zone de terrain mixte. C’est la face qui présente la plus grande longueur de difficultés. Vues les conditions rencontrées durant la première journée, nous hésitons vraiment, d’autant que les longueurs dures semblent mouillées, verglacées. Je propose tout de même d’aller voir le terrain, nous sommes là pour nous battre, et le gros morceau que nous redoutions le plus est derrière nous. A 22h30, nous sommes enfin couchés.

Le lendemain le réveil est prévu à 3h, comme la veille. Avec le sommeil, nous n’entendons pas la sonnerie, nous n'emmergeons donc qu’à 4h… Une heure de retard, pour une voie décrite comme plus longue que celle de la veille dans le topo... De quoi faire monter encore plus la tension ! Finalement, les conditions sont moins pires que prévu. Seule la météo nous joue des tours, avec un vent assez fort en quasi continu. Nous ne sortons qu’à 19h au sommet, après 13h d’ascension. Je redoute encore la descente. Il faut descendre une arête, sauf qu’il y en a partout, toutes plus répugnantes... De vraies tas de pue ! Finalement, nous trouvons la bonne arête. Le rocher est mauvais mais ce n’est pas très dur. Le couloir est extrêmement raide en son départ, nous décidons de tirer quelques rappels. La deuxième partie est moins raide, il faut néanmoins louvoyer entre des trous béants, très impressionnants ! Robin en a un très mauvais souvenir, il a fait une grosse chute dans un de ces trous il y a 2 ans. La fatigue commence à faire son apparition. Une fatigue physique, mais pas seulement. La concentration extrême que demandent ces ascensions fait que nous ne relâchons notre attention qu’au bivouac.

La course du lendemain est plus cool. La face semble en condition, la longueur des difficultés est moindre, l’orientation nord/est nous permet même de grimper un peu au soleil. Néanmoins, notre état de fatigue fait que tout semble plus difficile qu’il n’y parait. Malgré une difficulté technique moindre, de nombreuses longueurs se déroulent en dalle, où les protections sont quasiment impossible à placer. Une escalade engagée, pour laquelle je ne suis pas forcément préparé. Je réagis plus lentement, je commence vraiment à aborder mes limites, je le sens. Durant les autres enchaînements réalisés, notamment l'enchaînement Bonatti, je n’ai jamais éprouvé cette sensation. Une sensation de subir les événements, avec des pensées qui divaguent, des idées saugrenues... Il nous faudra 8h30 pour parvenir au sommet. Nous sommes heureux, mais tout n’est pas fini. Même si nous descendons par la voie normale, nous savons qu’il faut rester concentrés, car elle n’est pas facile ! 23h, nous arrivons enfin à Ailefroide, dans un état second, un état de fatigue extrême.

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Levi's UK 08/06/2012 04:27

Not fit to wear the pants in the fifth of the following, it is best to wear shorts or pants high heels above the knee.

lolo 08/09/2011 15:26


A quand des voies dans ton niveau ??? ici c'est 6a max...même
ma grand mère...


Jérôme 08/07/2011 09:46


balladinette... comme tu dis...
J'imagine donc ce que doivent être des "promenades"... ;-)
A+